Le dégel du Permafrost : une catastrophe environnementale

Depuis 30 ans on parle beaucoup du réchauffement climatique et de ses conséquences pour notre planète. Maintenant il semble qu’il y ait vraiment urgence. Les catastrophes naturelles se multiplient et gagnent en intensité. On parle du réchauffement des pôles, de la fonte inexorable de la banquise, de la montée et de l’acidification des océans, de sécheresses et de pluies diluviennes, de l’extinction des espèces animales, de tant d’autres calamités pour beaucoup liées à l’activité humaine, et des conséquences dramatiques pour l’humanité et son environnement. Mais il y a un phénomène dont on parle peu, dont on ne connait pas encore bien l’ampleur qu’il va prendre et qui inquiète le monde scientifique. C’est le dégel du permafrost, 3ème risque majeur de réchauffement climatique après la combustion des énergies fossiles et la déforestation.

Le permafrost, qu’est-ce que c’est ?

Appelé pergélisol en français, ce sont les terres gorgées d’eau et gelées en permanence (une température en dessous de 0° pendant plus de 2 ans) propres aux zones arctiques de notre planète. Une partie du permafrost est immergée sous les mers de l’hémisphère Nord. Le permafrost est principalement situé en Sibérie, au Canada, en Alaska, au Groenland, et dans les régions alpines à un moindre niveau. Parfois épais de plusieurs centaines de mètres, ce sol gelé est recouvert d’une couche de terre plus ou moins importante, le mollisol, gelée en hiver et qui dégèle l’été, sur laquelle se développent taïgas (forêts boréales) et toundras (grandes plaines arctiques principalement couvertes de graminées, de mousses, lichens et arbrisseaux).

C’est dans le mollisol que se trouve la plus grande partie du carbone, estimé à 1700 milliards de tonnes sur le continent nord-américain, dépassant à lui seul les stocks cumulés de pétrole, de gaz naturel et de charbon.

Dégel observé d’un permafrost méconnu

Rassemblement altruisteLe Permafrost, constitué depuis plusieurs aires glaciaires et qui couvre 20% de la surface terrestre, est en train de fondre avec des conséquences importantes déjà constatées. Pourquoi commence-t-on tout juste à en parler alors que ce phénomène est observé scientifiquement depuis une quinzaine d’années et sans doute amorcé dans la 2ème moitié du XXème siècle ? Peut-être parce que les chercheurs du GIEC (groupe d’experts dévolus au climat) n’en tiennent pas compte dans leurs calculs de surveillance du réchauffement climatique. Ce même groupe estimait, dans son pire scénario une élévation de la température de 4,8° à l’horizon 2100. Mais qu’en sera-t-il, si le plus grand réservoir mondial de dioxyde de carbone et de méthane (les deux plus importants gaz à effet de serre) se déverse dans l’atmosphère ? Le permafrost contient deux fois plus de carbone que l’ensemble de l’atmosphère !

36% des émissions mondiales de méthane sont naturelles, issues des mers, océans, lacs, zones humides et permafrost. Le réchauffement climatique ne fait qu’amplifier ce phénomène de dégazage naturel.

Une bombe à retardement

Végétaux et animaux morts reposent par milliards de milliards dans les terres gelées du permafrost. Tous ces débris organiques, c’est le carbone. Lors du dégel, ils fermentent, alimentent des bactéries qui prolifèrent et dégradent les matières organiques du sol en dioxyde de carbone. Le réchauffement de l’atmosphère et du sol par le dioxyde de carbone permet aux bulles de méthane de se libérer à leur tour dans l’atmosphère, ce qu’on appelle le relargage du méthane. Ce gaz, deuxième gaz à effet de serre est 28 fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone. Intervient alors la boucle de rétroaction positive : le dioxyde de carbone et le méthane émis accélèrent le réchauffement de l’atmosphère donc la fonte du permafrost et ainsi de suite. Mais la conservation du permafrost ne dépend pas que de la température de l’air. Elle est aussi liée à la neige, à l’hydrologie, à la topographie et aux propriétés thermales des sols.

Premières conséquences

Les premières répercussions visibles sont des bouleversements géologiques : la fonte de la glace sous la surface provoque des affaissements du terrain où se forment des lacs et marécages qui favorisent la fermentation des matières organiques. L’équilibre géologique des différentes régions couvertes par le permafrost est compromis. Les sols deviennent instables.

Des villes bâties sur ces sols gelés sont aujourd’hui menacées de s’effondrer ou de s’enfoncer dans le sol avec des dégradations fortes. On observe entre autres des écroulements du sol, créant des cratères géants. Ces cratères, de plus en plus nombreux mettent potentiellement en péril les villes situées notamment dans les hautes latitudes.

On assiste à des glissements de terrains qui menacent les habitations, les infrastructures, les puits, les mines, les routes, et les voies de chemin de fer de s’effondrer et les oléoducs d’éclater.

Les côtes s’érodent rapidement et mettent en péril les structures de plus d’une centaine de villes portuaires, des îles habitées sont englouties.

Tout récemment, les 21 et 23 août 2017, la dégradation du permafrost liée à de fortes chaleurs estivales successives a entrainé l’effondrement partiel du Piz Cengalo, une montagne sur la frontière Italo-Suisse provoquant une lave torrentielle formée de boues, de glaces et de roches et un éboulement rocheux qui a détruit en partie le village de Bondo, entraînant la mort de plusieurs personnes.

Transformation des écosystèmes

Le dégel croissant transforme de grands espaces forestiers en vision étonnantes, les « forêts ivres », où les arbres finissent par s’abattre comme des quilles, déstabilisés dans un sol devenu mou.

Le réchauffement rapide ne permet pas aux écosystèmes bien spécifiques des zones froides de s’adapter. Ainsi les troupeaux de rennes, ce qui renforce la menace de déstabilisation économique pour les habitants de la région vivant de cette ressource.

La faune se transforme. Tourbières et marécages s’installent. C’est dans ces zones humides où pullulent les moustiques que les bactéries entrent en jeu. L’équilibre du cycle du carbone est rompu.

Bactéries et virus

Le permafrost réserve d’autres nouvelles inquiétantes. Un danger sanitaire bien réel se profile : des bactéries géantes et des virus réactivés par le dégel du permafrost. Certains sont inopérants, ou inoffensifs. Ainsi le Mollivirus sibericum, virus géant de 30 000 ans, réactivé récemment par des scientifiques. D’autres ont déjà prouvé leur virulence. L’anthrax a refait son apparition en Sibérie, décimant un troupeau de rennes, tuant un jeunes garçon et infectant 23 personnes.

Le virus de la variole a été retrouvé dans un corps gelé du Permafrost sibérien, vieux de plusieurs centaines d’années. Cet évènement fait redouter la réapparition de cette terrible maladie, même si, selon les chercheurs russes, le risque est faible.

Mais, ce qu’on craint le plus, c’est l’exploration industrielle de la région. Un chercheur de l’université de Novossibirsk commente : « Si vous commencez à avoir l’exploration industrielle dans la région, les gens vont se déplacer autour des couches de pergélisol profondes. Avec l’exploitation minière et le forage, ces anciennes couches seront pénétrées et c’est de là que le danger viendra ». Il ajoute :« s’il est vrai que ces virus survivent de la même manière que les virus amibes alors la variole n’est pas éradiquée de la planète, mais seulement de la surface ».

Quel avenir pour nos enfants ?

Le problème des émissions massives de méthane présentes et à venir reste pour l’instant sans solution.

Malgré une alerte climatique globale et bien réelle, l’Arctique et la Sibérie continuent d’exciter les convoitises de par leurs richesses en pétrole, en gaz et en minerai (uranium).

Des décisions géopolitiques raisonnées vont-elles enfin être prises pour ne plus piller la planète que l’on vide de ses matières premières, non renouvelables ?

Est-ce qu’un jour, les grands décideurs vont réaliser qu’on est au bord de l’asphyxie ?

La catastrophe planétaire que nous préparons pour nos enfants, il y a un moyen de l’éviter si chacun de nous prend conscience de l’impact de ses choix de consommation où produire moins et consommer moins devient la logique économique. Si nous participons massivement à la construction d’une société humaine qui respecte les limites écologiques de la planète, une société durable, équitable, par la transformation de nos modes de vie au niveau alimentaire, énergétique, financier, économique et sanitaire, alors la course indéfinie à la croissance n’aura plus de sens.

Seules, l’union et la force du nombre peuvent nous permettre d’avoir un impact en agissant pour le bien de la planète.

Ainsi peut-être un jour proche permettrons-nous que les émissions de dioxyde de carbone et de méthane ralentissent pour revenir à un rythme naturel.

Peut-être un jour permettrons-nous que le permafrost ne dégèle plus de manière incontrôlable.