L’altruisme, c’est bon pour votre Santé !!

« J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé ». Voltaire

 

 

Vous arrive-t-il d’être altruiste?

Quand vous l’êtes, vous avez à cœur de faire du bien à l’autre.
Bien entendu, vous lui apportez un réel soutien, mais savez-vous vraiment ce qui se trame en arrière-plan,  au fin fond de vous –même ?

Et si l’altruisme avait l’étrange pouvoir d’améliorer votre santé et d’embellir votre vie ?

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Le bonheur, cet ami au double visage

Quoi de plus de banal que de rechercher par tous les moyens à embrasser le bonheur au quotidien ? Et cela ne date pas d’aujourd’hui. En effet, déjà au XVIIIe siècle, Voltaire avait affirmé qu’être heureux était bon pour la santé. Plusieurs études ont depuis montré qu’il avait vu juste, et que le bonheur influence différents paramètres physiologiques comme votre activité cardiaque, la durée de votre vie et votre défense face aux infections. Mais tous les bonheurs se valent-ils vraiment ? Il semblerait bien qu’il existe une hiérarchie au sein de ce sentiment tant convoité. Il existe un bonheur qui vous veut du bien alors que son « jumeau maléfique » a de bien plus sombres intentions à votre égard…  Et pourtant, la majorité n’y voit que du feu…Et vous, savez-vous comment les différencier ?

 

L’altruiste serait avant tout motivé à se faire du bien – à lui

Peut-être froncez-vous les sourcils ? certes, l’homme est mû par le désir de faire du bien à ses semblables, mais lorsqu’il fait quelque chose pour eux, il soigne du même coup son image. C’est que qui explique qu’aux yeux de certains, l’altruisme ne serait que de l’égoïsme déguisé ! Il faut dire que des siècles d’éducation judéo-chrétienne nous ont martelé que lorsque nous rendons service à quelqu’un, nous ne devrions en retirer aucun bénéfice ou plaisir pour nous-mêmes… Maintenant, prenons un peu de recul. Est-ce vraiment si mal de se faire du bien tout en faisant également à d’autres ? Marie-Claire Villeval, chercheur au CNRS, nous rassure : « Pas du tout ! […] Nous sommes de petits animaux qui cherchons à survivre et à faire du mieux possible. Si cela passe par des actes généreux, c’est parfait ; et si ces gestes nous font du bien, tant mieux, tout le monde en bénéficie. »

Les chercheurs Eric Kim et Sarah Konrath ont publié les résultats d’une expérience à ce propos dans le journal Social Science and Medicine. Les deux compères ont observé plus de 7 000 Américain(e)s, âgé(e)s de plus de 50 ans, pendant deux ans. Certains faisaient du bénévolat, d’autres non. Soulignons que ces scientifiques considèrent le bénévolat comme de l’altruisme, alors que toutes les personnes altruistes ne sont pas forcément bénévoles et que parmi ces derniers, certains ne sont pas toujours altruistes.

Revenons l’expérience menée par Kim et Konrath. Ils se sont aperçus que les personnes bénévoles avaient plus largement tendance à se faire vacciner contre la grippe et à passer plus régulièrement des examens de santé de routine, tels  des mammographies, des prises de sang, des examens de la prostate, etc. Ils passent également moins de nuits que les autres à l’hôpital.

Bien sûr, pour s’assurer du sérieux de ces résultats, ces scientifiques ont analysé d’autres caractéristiques. Ils ont alors vérifié l’âge, le genre, la catégorie socio-professionnelle, les maladies chroniques et tout un tas d’autres marqueurs. Ainsi, ils se sont assurés qu’ils n’étaient pas la cause des différences observées entre les bénévoles et les non-bénévoles. Une fois cette hypothèse écartée, ils en sont arrivés à la conclusion que les personnes bénévoles prennent des décisions différentes en matière de santé et de prévention – et que c’est ce qui pourrait leur permettre de conserver une meilleure santé.

Mais il leur restait à traiter la question du « Pourquoi ? ».  Kim et Konrath avancent que le bénévolat pourrait donner un certain sens à la vie de celles et ceux qui s’y adonnent. A force de pratique, cela leur permettrait de changer leur regard sur le monde. Enrichis par leurs nouvelles perceptions, ils se comportent alors différemment.

Ces différences pourraient également être liées à certains traits de personnalité propres aux altruistes. Leurs relations sociales s’en trouvant alors automatiquement et profondément modifiées. Somme toute, peut-être que lorsque l’on prend soin des autres, cela permet également de prendre soin de soi…

Autant pour cette étude que pour celles qui suivent, il est question d’opposer les deux visages que peuvent prendre la quête du bonheur et l’impact qu’ils ont sur votre santé. Le premier visage, l’eudémonisme, consiste à rechercher le bonheur à travers l’autre, comme c’est le cas pour les personnes qui effectuent du bénévolat ou des missions humanitaires. A contrario, le second, l’hédonisme, est pour sa part plutôt fondé sur la recherche du bonheur en cultivant des émotions et des attitudes positives afin de se sentir bien dans sa peau. Si dans les deux situations, les individus développent un sentiment de satisfaction qui participe à leur épanouissement personnel, l’impact sur leur santé révèle une surprise incroyable…

 

Le bonheur peut booster votre organisme… Mais il y a une condition…

Des travaux ont démontré que les sentiments négatifs comme la peur ou le désarroi modifiaient l’expression des gènes dans les cellules immunitaires. Ces cellules jouent un rôle très important, car elles sont les boucliers qui vous protègent de la maladie. Il est possible d’observer leurs réactions quand elles sont soumises au stress grâce à ce que l’on appelle le « profil transcriptionnel face à l’adversité » ou « conserved transcriptional response to adversity », CTRA en anglais. Il s’agit d’une « photographie » prise à un instant donné : elle révèle dans quels états sont les gènes qui constituent ces cellules immunitaires. Il est alors observé que les gènes impliqués dans la réponse inflammatoire s’expriment avec plus d’intensité, alors que ceux qui jouent un rôle dans la réponse antivirale s’expriment avec moins d’intensité.

Dans une nouvelle étude, des scientifiques ont pris un angle différent et ont analysé l’effet des émotions positives sur le profil CTRA. Pour cela, ils ont recruté 80 adultes. Certains étaient considérés comme heureux eudémoniques ou altruistes, quand les autres penchaient plutôt pour l’hédonisme, donc  classés « égoïstes ». Ils ont analysé l’expression génomique de leurs cellules immunitaires. Leurs résultats sont assez surprenants, puisque les narcissiques et les généreux ont des profils CTRA totalement opposés. En effet, le bonheur par l’amour du prochain induit une baisse de l’expression des gènes de l’inflammation et une hausse de celle des gènes antiviraux. En revanche, les heureux « narcissiques » présentent un profil CTRA similaire à celui provoqué par des sentiments noirs…

Notez ce paradoxe. Les altruistes autant que les hédonistes ont l’impression de vivre heureux. Seulement, quand on passe à la loupe le profil d’expression des gènes de leurs cellules immunitaires, ils sont différents, voire opposés. Comme l’explique Steven Cole, directeur de l’équipe de recherche : « Le génome humain serait donc plus sensible à la manière dont nous atteignons le bonheur que notre cerveau lui-même. »

 

 

Être positif, c’est bon pour votre santé!

En 2005, une étude menée au Danemark sur 607 patients confirme qu’il existe un lien entre votre santé et votre humeur. En effet, des patients atteints de problèmes cardio-vasculaires ont rempli un questionnaire sur leur humeur. Cinq ans plus tard, il fut constaté que le taux mortalité des individus qui affichaient un bon moral au début de l’étude était de 10 %, contre 16,5 % dans l’autre groupe. Une autre étude, réalisée par un psychiatre néerlandais allait dans le même sens. L’étude menée par Erik Giltay, avait démontré que les positifs vivaient plus longtemps que les autres. Pour en arriver à cette conclusion, il avait suivi près de 1 000 patients âgés de 65 à 85 ans entre 1991 et 2001. Durant ces 10 années, il a observé que les sujets optimistes avaient eu 45 % de risques en moins de décéder que les pessimistes.

Par ailleurs, si vous prenez la vie du bon côté, alors vous avez toutes les chances d’adopter  naturellement un style de vie sain. Ainsi, il vous sera plus aisé de veiller à bien dormir, à bien manger et à pratiquer de l’exercice physique régulièrement. Vous trouverez de plus amples détails sur ces points dans l’ouvrage Psychologie de la santé (Dunod, 2014) coécrit par le professeur Marilou Bruchon-Schweitzer et le maître de conférences en psychologie Émilie Boujut. Tout cela revient à dire que si vous êtes positif, vous avez toutes les chances d’inviter durablement la santé dans votre quotidien. Avouez que ça a de quoi vous (re)donner le sourire ! Enfin, la psychologue américaine Barbara Fredrickson en arrive aux mêmes conclusions dans une étude récente. A savoir que le système immunitaire des individus en quête d’un bonheur qui inclut le celui de l’autre est plus développé que celui de ceux qui préfèrent vivre un bonheur par leur seule satisfaction personnelle. Après avoir effectué des prélèvements sanguins sur 80 volontaires en bonne santé, les chercheurs ont observé qu’en cas d’altruisme, les gènes inflammatoires baissent et les gènes antiviraux augmentent, afin de protéger le corps. « Faire du bien et se faire du bien génèrent des niveaux similaires d’émotions positives, mais n’ont pas le même effet sur le génome », conclut l’étude. Voilà donc l’ultime argument pour vous convaincre – si besoin est – de porter un regard positif et ouvert sur le monde !

 

Ce que vous devez retenir pour vous fortifier

En analysant les effets des émotions sur l’expression des gènes des cellules immunitaires, tous ces chercheurs  en arrivent à la même conclusion : la démarche que vous empruntez pour atteindre le bonheur est plus importante que la sensation de bonheur que vous pouvez ressentir intellectuellement. Ainsi, la recherche du bonheur par les sentiments altruistes encourage l’expression de gènes favorables à votre santé, alors que si vous empruntez la voie de l’égoïsme, vous arrivez tout droit à la maladie.

Et vous ,quelle bonne action pourriez vous accomplir aujourd’hui?